prologue
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12 décembre ,22h15, bureau de Mr Sow.
Cette nuit-là , Ibra Sow n’avait rien vu venir. L’éminent professeur de Pactes et dynamique sociales de La Couronne, qui habituellement avait toujours un coup d’avance fut pris de court. La journée avait été longue. Après avoir analysé plusieurs dossiers. Il s’était attelé à la finaliser son rapport. Ses réflexes habituellement vifs étaient par conséquent, amoindris.La journée avait été longue. Après avoir analysé plusieurs dossiers. Il s’était attelé à la finaliser son rapport. Ses réflexes habituellement vifs étaient par conséquent, amoindris.La journée avait été longue. Après avoir analysé plusieurs dossiers. Il s’était attelé à la finaliser son rapport. Ses réflexes habituellement vifs étaient par conséquent, amoindris.Les effluves de sa tasse fumante et ébréchée, et remplie de Nespresso dégageaient quelque chose d’inhabituel.
Cependant Ibra était bien trop préoccupé par le mail qui venait de terminer de rédiger, pour s’attarder sur l’odeur.Comme s’il se sentait observé, il jeta un bref coup d’œil par-dessus son épaule. La porte du bureau était fermée. Les rideaux étaient baissés et seules les lueurs des lampadaires de l’immense cour venait éclairer la pièce. L’écran de l’ordinateur faisant office de lumière suffisait amplement.À cette heure-ci, l’établissement était désert. Même les femmes de ménage étaient rentrées. L’aile qui abritait l’internat étant à l’opposé. Nulle âme qui traîne dans les couloirs de La Couronne à une telle heure. Aucune chance. Ibra le savait. Le choix de sa présence à cet instant précis dans son bureau était totalement délibéré. Pas de collègue trop curieux, de femme ou d’enfant pour l’interrompre. Et puis par-dessus tout, paradoxalement – comprendra qui suivra- c ’était le seul endroit où son matériel informatique, n’était pas susceptible d’être surveillé. Il n’en avait pas pour beaucoup de temps. Marieta sa femme et Sally sa fille l’attendaient pour aller prendre le dessert en ville. Comme tous les dimanches soir. Il porta la tasse à ses lèvres, avala bruyamment une gorgée, non sans grimacer. Le café était amer. Trop amer pour un Nespresso pur sélectionné par ses soins. Il déglutit, et continua de boire malgré le goût.La caféine le tenait éveillé et il en avait besoin.Il continua de taper la dernière ligne de son message afin d’y mettre un point final. Il relève la tête, passa ses deux mains le long de son crâne, sur ses dreadlocks nouées en queue de cheval et soupira longuement. Comme s’il était soulagé d’un poids de longue date. Il prit le temps de se relire.Après tout ce message était d’une importance capitale.
Rapport programme ÉCLIPSE confidentiel « La Couronne «
À : jeremih.lenotre@avocat-generalnarcisse.ge; fatyma-sow@redac-le-veridique.com
Objet : Dénonciation d’observation sociale sur mineur.
Chers confrère et consœur, vous trouverez en pièce jointe la totalité du rapport concernant le projet Éclipse. De 2006 à nos jours environ des dizaines d’élèves de La Couronne, éligibles à la bourse ont été soumis à une étude expérimentale. Étude clandestine, dans l’optique de « façonner une élite ».Il est à noter que les observations ont débuté dès leurs sept ans. Surveillance, test d’aptitudes, manipulation à leur insu et celui de leurs parents.Je me tiens à votre disposition pour toute information supplémentaire.
Amicalement.
Ibra. Sow
Cela paraissait tout à fait convenable. Enfin convenable aujourd’hui. Après d’infinies hésitations, il avait fini par sauter le pas. Faire ce qui lui semblait juste. Après des années d’instrumentalisation, de mensonges et bien pire encore …
Ibra avait enfin trouvé le courage qui lui avait manqué toutes ce temps.Le message lui sembla précis et factuel à la fois. Imparable même.Toutes les preuves étaient en sa possession. Documents, photographies, témoignages. Précieusement gardés dans le carnet rouge, niché dans le dernier tiroir verrouillé du vieux secrétaire de son bureau.Son plan était prêt depuis des jours. Dès le lendemain il devait se rendre chez son avocat. La rédactrice en chef du média le plus controversé et ironiquement le plus libre du pays était chargée de rendre l’affaire publique dès le feu vert de l’avocat.
Un sourire fébrile matérialisa le sentiment de fierté qui le traversait à cet instant. Il voulait agir depuis des années mais la peur l’en avait empêché. Il allait enfin faire ce qu’il fallait.Somme toute, entre ce qu’on veut faire et la réalité il y a parfois un monde n’est-ce pas ? Encore plus quand cette réalité implique machination, espionnage, détournement et consorts….
Alors qu’Ibra saisit son téléphone, une douleur lancinante le frappa de plein fouet. Une violente crampe d’estomac le saisit avec force. Deux, puis trois autres, enfin, fatalement il ne parvint plus à les compter. Ses mains qu’il tentait de ramener à sa poitrine sur le point d’imploser, tremblaient de manière incontrôlable. Quand sa main eut atteint son thorax, il constata dans la douleur que son cœur battait vite. Bien trop vite.
Chancelant, il se leva, agrippa le bord du bureau. Dans une lucidité frappante et effroyable son regard se dirigea vers la tasse de café au goût beaucoup trop amer. Comment avait-il pu être si inconséquent ? Il tenta de composer en vain le numéro de son épouse, son téléphone tomba et Ibra s’effondra brutalement. Désormais inerte, les yeux ouverts, sa jambe tremblotait, tel un dernier appel à l’aide. Son index se pointa en l’air et sa bouche murmura distinctement l’attestation de foi avant de s’immobiliser dans un dernier soupir. C’était déjà ça.
Il n’avait malheureusement pas pu prévenir son épouse qui continuerait de l’attendre en vain, pensant qu’il s’était encore attardé au travail.Cependant prononcer l’attestation de foi l’aiderait peut-être dans son au-delà. Ce que bien évidemment nous lui souhaitons. Se racheter en fin de vie n’est-il pas mieux que ne jamais réparer ? Tout dépend également, auprès de qui notre pauvre Ibra a tenté de se « libérer ».La sonnerie de notification de courriel retentit, un message apparut sur l’écran de son smartphone qui gisait à ses côtés:
Expéditeur : {Anonyme}
À : Ibrahima.sow@la.couronne.ge.
Objet : {vide}
Dommage vous étiez un excellent professeur.
Quelques heures plus tard, au lever du soleil alors que la femme de ménage entra dans le bureau pour effectuer ses tâches habituelles elle poussa un hurlement terrifiant.
Accoururent aussitôt les membres du personnel présents et quelques minutes plus tard les ambulanciers embarquaient Ibra Sow à jamais. Sans que personne sur le moment ne remarque que son ordinateur n’était plus là. Sans que personne ne saisisse que dans le dernier tiroir du vieux secrétaire, un carnet rouge avait disparu.

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