Les héritiers du mensonge : Épisode 1

Bienvenue à la couronne!

Épisode 136 min de lecture

Épisode 1 A    

La Surface : Aminata

Posée dans la navette qui mène jusqu’à la gare de Narcisse, je m’interroge. Suis-je en train de rêver ? Il faut dire que, quand j’ai reçu la lettre d’admission à la Couronne, j’étais en proie aux mêmes doutes. Okay,c’ est vrai je suis la meilleure de mon école toutes disciplines confondues. Mes résultats au diplôme de fin d’études du secondaire étaient apparemment stratosphériques d’ aprés Mr Veils mon professeur principal. J’ ai toujours trouvé qu’il mon exagérait.Il a toujours été dithyrambique à mon sujet.Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été studieuse. À l’école on m’a toujours donné un travail différent des autres puis on a fini par me faire sauter trois classes. J’ai passé des tas d’examens, de test. Ma grand-mère me disait toujours que c’était pour que j’ai accès à de grandes études. Je ne comprenais pas vraiment ce que ça signifiait…

Et puis à force, en grandissant, en ouvrant les yeux sur le monde qui m’entoure j’ai compris. Grandir à Merveilles, le « ghetto » de Narcisse, force l’ambition.

Une ville de riches, blancs, maisons incroyables, train de vie incroyables. Bon, allez blanc j’abuse un peu. Il y a tout de même quelques exceptions. Quelques basanés, noirs, et asiatiques qui logent parmi les fortunés. Mais pas en majorité.  Bien sûr ce n’est pas dans cette partie de la ville que nous vivons. J’ai vite compris que si je voulais sortir de Merveilles j’avais tout intérêt à être la meilleure partout. J’ai bien dit partout.

Mame Vivi, ma grand-mère dit qu’être la meilleure c’est bien mais qu’avoir un cœur bon avec la foi à l’intérieur c’est mieux. Et que lier les deux c’est l’élixir le plus doux sur cette terre. Je l’aime tellement Mame Vivi.

C’est elle qui m’élève depuis toujours. Je ne connais pas mes parents. Ils sont morts au Sénégal, peu après ma naissance. Tout ce que j’ai d’eux c’est une photo et une chaîne en or avec un pendentif en forme de papillon d’émeraudes et de diamant. Je l’ai en permanence autour du cou. Ça me donne ce sentiment que quelque part, même si je ne les ai jamais connus, ils sont constamment avec moi.  C’est triste et ça n’a jamais été simple. Cependant, c’est la condition de bien des gens. Je suis reconnaissante d’avoir ma grand-mère. Elle m’a transmis de belles valeurs et m’a appris tout ce que je sais de la vie, de la foi, du monde.

Aujourd’hui encore, dans la rue les gens nous lancent des regards surpris quand ils voient notre complicité. Mame Vivi a la peau d’un blanc Opalin qui fait assez contraste avec mon teint Caramel chargé. Elle est originaire de Géula et mon grand-père, paix à son âme était d’origine Sénégalaise. Elle parle le wolof aussi bien qu’une native et elle est aussi maniérée qu’une sénégalaise. D’ailleurs l’accent lui est resté. C’est assez drôle à voir et à entendre. En même temps elle a passé une très grande partie de sa vie là-bas.

Pour revenir à La Couronne. Je ne les ai jamais sollicités. Je me suis toujours dit que si j’avais les meilleurs résultats, j’aurais l’embarras du choix. Si j’ai les meilleurs résultats personne ne pourra m’ignorer. Bien que je vive du mauvais côté de Narcisse. Côté qui par ailleurs, il y a encore quelques décennies n’existait pas. Il a été créé car les employés de la fine fleur de Narcisse commençait à être nombreux. Trop nombreux. Bien malgré leur petit système établi leur personnel s’unissait, commençait à avoir des enfants, donc forcément… il a fallu loger tout ce beau monde. Il était naturellement hors de question d’une quelconque cohabitation.

Voyons … Aminata. Naturellement, que dit le vieil adage déjà ? Ah oui « les aigles ne volent pas avec les pigeons. »

Résultat ? les bourgeois se sont retrouvés piégés et ont dû créer un petit quartier dans une zone bien éloignée de leur division dorée. Morale de l’histoire éloigne les gueux de ta vie comme ça te chante, ils finiront inéluctablement par te revenir !

Ahah vous aimez ? Sur ce coup-là elle a été drôle Aminata.

Bon, trêve d’histoire.

Je n’ai jamais souhaité m’inscrire à la Couronne. Merveilles à de bonne et de moins bonnes écoles.  Mais moi mon terrain de jeu c’est le monde. La meilleure école d’un pays divisé entre les pauvres les riches et les perdus ? … Très peu pour moi. Quand on sait qu’il existe un monde où tu es libre d’être toi-même. Un monde qui compose avec toi, tes forces, tes faiblesses, tes valeurs, ton identité tant que tu as du talent.  Je suis brillante et je le sais. Normal je m’en suis donné les moyens. Pourquoi je devrais me cantonner à un vieux simulacre d’université d’élite au cerveau étriqué ?

Donc forcément, j’étais sceptique quand j’ai reçu leur courrier. C’est Mame Vivi qui m’a convaincu de ne pas refuser. « Tes rêves d’ailleurs peuvent attendre. La Couronne c’est différent, tu auras accès au toit du monde après ça. » me répétait-elle chaque jour. Jusqu’au jour où j’ai cédé.

Voilà comment j’ai atterri dans ce bus direction le cœur du district doré. Comment dire que je n’ai pas hâte ? Rien qu’en lisant leur courrier j’ai été prise d’une soudaine envie de prendre mes jambes à mon cou. Une jolie dictée de mots bien choisis, bien paternaliste et empestant le White rich savior syndrom, genre on vient te délivrer des putréfiés marécages d’où tu viens, en te donnant une chance d’intégrer notre repère de  gosse de riches .

Youpi ! Youpi ! Joie ! Joie ! Sérieusement comme si à Merveilles les talents n’existaient pas.  Les chances ne sont pas les mêmes ça oui ! En même temps tout a été fait pour. Ça n’a jamais empêché les habitants de faire des choses merveilleuses justement.

Si on doit ajouter à cela que les au revoir avec Mame Vivi ont été déchirants, on peut vite évaluer mon degré de motivation.  Le trajet entre Merveille et Narcisse dure une heure et demie en train donc je suis obligée de dormir à l’internat. L’idée d’intégrer la Couronne ne me ravit pas, loin de là.

Cependant, je vais faire ce que j’ai fait toute ma vie. Faire avec, patienter m’accrocher et prier le Seigneur pour que ça passe vite. Heureusement que le weekend je pourrais rentrer chez moi.

***

13h15 Arrivée à La Couronne

La navette de la Couronne affrétée spécialement pour les élèves me dépose devant un parterre de galets et pierres blanches qui devancent une étendue de verdure au centre de laquelle siège un sublime bâtiment blanc. Aux allures de bâtisses haussmanniennes, colonnes et moulures habillent l’immense établissement. Je prends une grande inspiration. Je me sens petite face à cette immensité. C’est beau et intimidant.

Les autres élèves montés dans le bus, eux semblent particulièrement pressés, ils passent tous devant moi et pressent le pas. Étrangement, à ma plus grande surprise ils sont noirs, mat, métis, asiatiques, blancs. Pas nombreux pour une rentrée mais bon. Ça reste un établissement sélectif donc je ne me pose pas plus de questions.  En suivant les autres, je me dirige vers un colossal portail de fer forgé blanc lui aussi. À hauteur de l’entrée une plaque en laiton indique :

La Couronne

Établissement d’excellence

Savoir

Pouvoir

Transmettre

Depuis 1982

J’avance lentement jusqu’à un gigantesque hall d’entrée. Un plafond voûté à vitraux occupe la surface du plafond. Des lustres de cristal, fauteuils satinés ivoire, tables et sol de marbre blanc emplissent l’espace.

Un « Waouh ! M’échappe. C’est sublime. Empestant de luxe et je dis l’ admettre, c’ est vraiment impressionnant. Des jeunes discutent, se retrouvent, plaisantent et s’amusent. Le troupeau d’élèves du bus semble au moins aussi perdu que moi. Ils tournent sur eux même se lancent des regards mi hébétés mi émerveillés. On est tous un peu perdus. Mais ça n’allait pas durer. La réponse à nos questions était là, juste en face de nous.

Élancée, jupe en jean délavée archi longue, chemise ocre ample et attendez pincez moi !  Dites-moi que je rêve ! Maxi hijab, un pan qui retombe sur la poitrine l’autre derrière l’épaule jusqu’aux jambes, une femme noire, visage lumineux, yeux en amandes marron clair, cils recourbés s’avance droit vers nous. Elle marche la tête haute, pas un sourire. Elle s’arrête droit devant le troupeau qui semble se pétrifier. Sous le regard amusé des autres élèves qui visiblement ne sont pas « les nouveaux ». Moi qui croyais que je serais seule avec mon hijab. Ravie de voir qu’un membre du staff est dans ma team.

— Bonjour à tous. Bienvenue à La Couronne. Je suis Madame Diop. Directrice adjointe. Ici même au hall d’entrée, nommé la Coupole marque le jour de votre arrivée dans ce merveilleux établissement qui je n’en doute pas, vous réserve de belles années. La réunification, buffet d’accueil des nouveaux élèves a lieu dans une heure.  Vous aurez toutes les explications nécessaires au bon déroulement de votre scolarité. Votre Professeur référent, Mr Sow, nous fera l’honneur de sa présence. Je vous laisse le soin de déposer vos effets dans vos chambres respectives. Les numéros qui vous ont été attribués figurent sur votre courrier d’admission

    — Génial marmonna une jeune fille asiatique à la peau mate juste devant moi.  J’ai laissé tout mon dossier chez moi.

— Évidemment, si pour une quelconque raison vous n’aviez pas vos courriers, je les ai ici Melle Sayatham. Rétorqua Madame Diop. Elle brandit une tablette à peine plus grande qu’un smartphone. La jeune fille rougit et s’avança vers la directrice adjointe, sa longue chevelure noire de jais légèrement ondulée dansant au rythme de ses pas. La plupart des élèves restèrent statiques. Seuls trois élèves la suivirent.

— Pour le reste les escaliers derrière moi mènent aux chambres qui sont au 5eme étage.

— OMG ! Y’a un ascenseur j’espère! lança une voix criarde derrière moi.

— Non, Monsieur Fertet, le sport ici fera le plus grand bien à tous. Pas d’escalier. Sauf pour les personnes à mobilité réduites bien sûr. À cet instant, je ne sais pas pourquoi mon regard s’est dirigé vers une fille en fauteuil roulant prés d’ un escalier de marbre. C’est étrange car je suis sûre de ne pas l’avoir remarquée en entrant. Et pourtant j’ai scruté le hall à la loupe. Le regard de la fille croise le mien et elle me lâche un sourire. Que je lui rends avant de rapidement détourner mon regard.

— Rendez-vous au restaurant dans une heure pour la réunification. En attendant prenez pleinement possession des lieux. Un plan interactif est disponible dans votre boîte mail ou sur vos écrans en chambre. À tout à l’heure.

Madame Diop, toujours sans sourire tourna les talons. Les. élèves l’ imitent et se dispersent de part et d’ autre de la Coupole.Ça avait le mérite d’être clair. Expéditif certes mais clair. Me voilà livrée à moi-même. Ma chambre est la numéro 24. Je n’ai plus qu’à monter et me laisser guider visiblement.

Quinze minutes plus tard, les poumons en feu, essoufflée comme jamais me voilà devant la chambre 24 située au sixième étage. Heureusement qu’on n’a pas eu à monter notre valise. Je me retrouve devant une grosse porte en bois noire, je scanne la carte disponible dans mon espace numérique.

La porte s’ouvre sur une chambre à la décoration girly.Tête de lit hautes en velours rose pale, oreillers et lustres en plume blanc tapis de laine chevets et bureaux en laiton. De part et d’autre de la chambres se trouvent de grands dressing et baies vitrées donnant sur une étendue de verdure. Je m’avance. La moquette au sol est d’un blanc immaculé, comme les murs. Je m’assois sur le lit le plus proche de la baie. Le lit est vraiment confortable.

— Tu as vu comme c’est beau ??!

Wow ! J’ai eu un haut le cœur. La fille asiatique qui était devant moi dans le hall sort d’une porte je n’avais pas remarqué, proche du mur où se trouve l’autre lit. Elle s’approche de moi une main sur le cœur.

— Oh pardon ! Je ne voulais pas te faire peur ! S’écrie-t-elle en me tendant la main subitement. Ko-Vanh Sayatham ! Enchantée. Je la regarde surprise. Elle a l’air d’une pile électrique. Je lui tends la main en retour.

— Aminata.

— Je suis tellement heureuse d’être ici! J’ai passé tous les tests haut la main pour être admise. Ça fait cinq ans que je me prépare. J’ai hâte de rencontrer Maître Sow. Je vais faire un double cursus Histoire et géopolitique et Humanités, pactes & dynamiques sociales et toi alors tu vas intégrer quelles filières?

Je la regarde et je sens que je suis à deux doigts de lever les yeux au ciel. Mais par égard pour Mame Vivi je vais me retenir. Les gens bavards m’angoissent. Je n’ai rien contre eux. Malia mon amie est très bavarde et je l’aime de tout mon cœur. Cependant lorsque le débit de parole est élevé, et que la personne parle vite gesticule et sautille sur place. Ça m’angoisse. Je n’ai jamais su pourquoi. Après un silence qui devenait gênant j’ai répondu:

— Pareil. Enfin pas de double cursus pour moi. Je suis en Humanités, pactes & dynamiques sociales.

— Waouh ! Donc on sera ensemble génial! J’ai étudié les sept ouvrages de Maitre Sow, j’ai été a toutes ses conférences. Ma mère suivait chacun de ces procès lorsqu’il exerçait encore la fonction d’avocat. Il est tellement incroyable je crois…Ça y est-elle m’a perdu. J’acquiesce à ce qu’elle dit sans l’entendre et m’allonge par la même occasion sur le lit.

« Oh là là ! Il est vraiment confortable »

— … démonstration pendant les cours mais…

Toc! toc! toc! lance une voix joyeuse en tambourinant à la porte. Ko-Vanh se fige. Je me lève pour aller ouvrir, elle me suit.

Trois secondes plus tard, la porte ouverte, deux élèves -leur uniforme parle pour eux-se tiennent devant nous. Blazer bleu argenté, &chemise à col rond qui retombe jusqu’au mi-cuisse. Je reconnais la fille en fauteuil roulant. Elle m’adresse un clin d’œil. À côté d’elle se tient un grand garçon noir, aux traits fins et aux yeux étirés et… verts! J’ai beugué une demi- seconde sur ses yeux avant de détourner le regard. Je n’ai pas l’habitude. Les noirs que je connais ont les yeux marron foncé ou noisette. Et c’est très déstabilisant.

— Hello les filles, Salam j’espère que vous allez bien. Chaque nouvelle année des parrains sont affectés aux nouveaux élèves. Pendant trois mois le temps de prendre vos marques, en cas de besoin c’est à nous que vous devez vous adresser. Voici Isma, enfin Ismael Zayn. Il nous adresse un clin d’œil. Il est en troisième année et moi c’est Zahra Mutanga, je suis en deuxième année. Nous sommes tous deux en Humanités, pactes & dynamiques sociales.

— Ça va votre installation se passe bien ? Interroge Ismaël d’une voix mielleuse.

— Oui, tout est parfait glousse Ko-Vanh qui semble littéralement hypnotisée. J’acquiesce en silence.

— Okay super alors.  Si vous avez besoin de quoi que ce soit, un groupe sur le réseau social privé de La Couronne a été créé à cet effet. On a également notre groupe dédié, vous y trouverez les infos d’ordre général, les salles, les profs, les horaires, les activités, le tutorat. Si vous n’avez pas de questions, on se retrouve dans trente-cinq minutes à la Coupole, le hall d’entrée. À toute à heure les filles! lance Zahra en effectuant un tour sur elle-même avec son fauteuil, avant de rebrousser chemin et disparaître dans le couloir aux murs de pierre et aux lampes en forme de torches. Ismaël sur ses pas.

***

Une heure plus tard, je suis toujours dans la chambre. Après avoir laissé Ko-Vanh rejoindre les «parrains », je me suis simplement endormie. Il faut dire que la veille je n’avais pas réussi à dormir. L’idée de quitter Mame Vivi, même pour une semaine m’avait été difficile à encaisser. Résultat, je viens à peine de me réveiller ! J’essaye de faire au plus vite. Je file me rincer le visage et faire mes ablutions dans une salle de bain marbre et or que je découvre non sans émerveillement. Mais je n’ai vraiment pas le temps de m’attarder! Je ressors en vitesse, hisse ma valise sur le lit et je balance tout ce que je trouve pour trouver l’uniforme. Quand je réalise avec effroi que… je l’ai laissé dans mon dressing ! Oh non ! Comment j’ai pu faire ça !? Mame Vivi m’avait demandé de l’essayer avec mes hijabs pour voir le rendu. Et j’ai réussi à tout ranger sauf ça, mais quelle étourdie vraiment?! Okay pause. On respire. On ne se laisse pas abattre Aminata. On va aviser pas le choix surtout qu’on a…Attend ! où est mon téléphone que je puisse regarder l’heure ? Waa ! vingt -cinq minutes de retard ce n’est pas possible. Je vais me faire alpaguer ! Vite ! vite ! vite ! J’attrape la première tenue que je trouve qui fasse un peu uniforme. Ma jolie jupe en whoolpeach caviary premium et ma chemise ample à encolure et aux boutons d’or, mon maxi hijab le tout couleurs bois de rose et c’est parti. De toute façon je n’ai pas d’autre choix.

Quinze minutes plus tard, après m’être habillée, avoir prié et dévalé l’escalier en direction du restaurant, je me retrouve au premier étage. Devant la porte, le cœur qui bat à mille, j’essaye de récupérer mes poumons. Préalablement, j’ai jeté un coup d’œil sur le plan interactif dans la chambre, ce qui m’a évité de me perdre.

J’entends, une voix d’homme intelligible, comme si j’étais à l’intérieur. J’hésite à entrer, j’ai tellement de retard…Allez Aminata. Tu n’as pas le choix, à trois. J’inspire comme si j’allais chercher mon âme et un, deux, trois, j’active la poignée…

En à peine une seconde, une centaine de paires d’yeux rivés sur moi me dévisagent. Dans une énorme salle à manger chaises et tables rondes ont été disposées en plein centre. Un grand homme noir avec une que de cheval en dreadlocks, se tient debout, et parle micro à l’oreille avec une gestuelle qui en impose. Il m’adresse un bref et insondables regard, puis continue son discours. Madame Diop, assise à la première table me lance un regard qui en dit long… Air réprobateur, elle fass son kanaam comme dirait Mame Vivi. Je me retiens car j’ai très envie de rire en pensant à ma mamie. Alors que la situation ne s’y prête guère. Ressaisis toi meuf.  J’entends des élèves glousser, ricaner, murmurer. Mes yeux cherchent un endroit où s’asseoir comme tous les autres élèves. Finalement j’aperçois Zahra. Enfin c’est surtout son fauteuil que j’ai vu en premier. D’un mouvement de main, elle me fait signe de la rejoindre. Toujours sous le regard mitrailleur de Madame Diop, je file aussi discrète que possible m’asseoir près de Zahra.

— T’es pas croyable Aminata Dior. Me lance-t-elle en chuchotant.je n’arrive pas à savoir si elle est admirative u si elle me gronde.

— Je suis désolée, je me suis…

Silence. Siffle une fille blonde à côté de Zahra d’un ton autoritaire. J’étais si préoccupée que je n’ai pas prêté attention aux autres personnes assises à la table. La blonde au regard gris assassin me fusille du regard. À côté d’elle se tient une fille à la peau dorée qui a l’air aussi désagréable qu’elle, enfin en face de moi Ko-Vanh m’adresse un sourire gêné. Derrière elle les tables se succèdent. Une centaine d’élèves à majorité blanche y sont assis. Cependant je suis surprise car il y a bien une trentaine de personnes de diverses couleurs. Parmi elles j’aperçois trois tables plus loin, Ismaël installé à une table de garçons, qui ont l’air au moins aussi âgés que lui.

— Soyez sûrs les enfants, que votre réussite ne dépendra que de vous. Que les meilleurs ne sont pas ceux qui ne doutent pas, mais les meilleurs sont ceux qui face au doute, continuent, surmontent et affrontent. Il est regrettable que vous ayez manqué l’intégralité de mon allocution Melle Dior. La voix de Mr Sow semble résonner dans mes oreilles. Pourtant il se trouve à bonne distance. Il me toise, puis se met à déambuler dans la pièce.

Tous les élèves, à nouveau me regardent. Je me sens mal à l’aise. J’ai l’impression que mes joues sont sur le point de prendre feu.

— Vos camarades vous prodigueront les conseils donnés en amont. Je vous souhaite une belle rentrée scolaire. Et n’oubliez pas étudiez mais restez vif et attentifs sur le monde qui nous entoure. Place au buffet ! Un tonnerre d’applaudissements, de rugissement et sifflements retentirent. Un groupe de jeunes hommes scandait « Mr Sow gouverneur ! Mr Sow gouverneur ! ».

Des serveurs en costumes trois pièce gris chiné et nœuds papillons surgirent. Et commencèrent à déposer des mets sur les tables. En pleine détresse je n’avais pas prêté attention à la décoration du restaurant. J’étais tellement en panique. Impossible de me concentrer sur autre chose que la réunification. Et pourtant il y avait de quoi admirer. Je suis sensible aux belles choses, ça aussi m’a été transmis par Mame Vivi. Nappe en soie, verre et carafes de cristal, ornent les tables. L’argenterie et les chandeliers sont là pour apposer le coup de grâce à cette simple mais sophistiquée décoration. Au centre de la table, dans un vase de cristal, un bouquet d’orchidées blanches vient sublimer le tout. C’est époustouflant de beauté…alors que c’est une simple table. Le plafond est identique à celui du dôme vitré. A travers, on peut voir le croissant de lune qui règne en maître dans le ciel étoilé, c’est juste à couper le souffle.

À présent, que le discours de Mr Sow est terminé. Un brouhaha s’élève, les bruits de couverts mélangés aux rires et aux discussions se font entendre. J’observe à nouveau les filles de la table. La blonde est en pleine discussion avec sa voisine.  Elle a de vraie manière de bourge, l’air de dire « ne respirez pas le même air que moi, le monde m’appartient. »

— Comment peut-on être vêtue de la sorte, en première année et en retard qui plus est ? Incroyable ! Comme si elle avait besoin de tels subterfuges pour se faire remarquer.  C’est une singerie à elle seule ! Raille la jeune fille blonde sans même me regarder. Wow ! l’indécence de la demoiselle on est d’accord. ? Je ne suis même pas surprise finalement. La grossièreté déguisée avec de jolis mots, c’est un procédé connu chez les gens de Narcisse.

— J’étais loin de me douter que dans les hautes demeures qui s’érigent dans la division dorée, outrage et inconvenance étaient les mots d’ordre. Oups ! alors ! Pense à me regarder dans les yeux la prochaine fois que tu t’adresseras à moi ce n’est quand même pas moi qui vais t’apprendre les bonnes manières ? Et au passage. Ma tenue vient du plus haut confectionneur d’Egypte au cas où ça t’intéresse ! Lui rétorqué -je dans un calme qui ne reflétait pas du tout mon agacement. Zahra a pouffé de rire et Ko-Vanh a fait les yeux ronds.

— On voit que tu n’as pas idée de qui est mon père. Lache-t-elle en soupirant d’un air suffisant.

— Non je ne vois pas et ça ne m’intéresse pas.

— Bon stop le crêpage de chignons ! Victoire tu pourrais faire preuve de courtoisie quand même. Elle vient d’arriver. Ça ne reflète pas l’image de La Couronne. S’interpose Zahra

— Oh je t’en prie Zahra à d’autres ! Elle se lève et quitte la table d’un pas furibond, suivie par son amie qui semble interloquée.

— Mais c’est quoi ce spécimen ? Y’en a d’autres comme ça ici ? Dis-le-moi tout de suite Zahra que je me prépare. Zahra s’esclaffe à nouveau tandis que Ko-Vanh s’offusque de plus belle.

— Mais tu ne sais vraiment pas qui c’est ? C’est Victoire Marianne de Bretigny. En plus d’être riche elle est suivie par plus d’un million de followers sur les réseaux. Et accessoirement c’est la fille du haut général des armées de la Géula disloquée. Elle risque de t’avoir dans son collimateur maintenant ! S’inquiète Ko-Vanh

— Aha ! tu n’as pas remarqué que son collimateur j’y étais déjà ? Ça me fait plus rire qu’autre chose. Si tu savais

— Attention quand même Aminata. Ces gens dirigent le pays. Dit Zahra plus sérieuse.

— Vous êtes bien sérieux ici dis donc. Calme. Les cours ne commencent que demain non ? Détendez- vous, mais …. Brusquement, une soudaine agitation semble gâter l’ambiance déjà bien entamée. Un brouhaha, des sonneries, des vibreurs et des visages rivés sur les écrans avant de vers la cible finale : moi.

— J’ai senti venir le bourbier. Et j’étais loin du compte.

 Ko-Vanh pose son téléphone et me regarde interdite.

— Oh wow ! Okay… alors Aminata…Euh… Tu ne dois pas prendre ça pour toi. Dit-elle en me tendant son téléphone à contrecœur. Le réseau social de La Couronne vient de poster ça :

Utilisateur anonyme#1

La dernière arrivée à La Couronne est la dernière personne à être passée près de la tiare d’Abyssinie, symbole même de notre école. Étrangement elle a disparu.

Utilisateur anonyme#2

À qui profite le crime ? La boursière des bidonvilles ?

Utilisateur anonyme#3

Peut-être que sous son déguisement de chaperon rouge, se cache notre symbole ? Xptdrrr ! 😂

Utilisateur anonyme#4

Vous avez vu son look sérieux elle se croit où ?

Utilisateur anonyme est en train d’écrire…

Absolument toute la salle a les yeux sur moi. J’avoue que pour un premier jour c’est énorme. Je suis surprise, on croirait des histoires de collégiens. J’ai encore du mal à comprendre ce que je ressens. Mais je ne suis pas en colère. Je ne sais même pas de quel symbole ils parlent dans la mesure où je ne l’ai même pas vu. Je me suis endormie donc je n’ai pas eu le temps de faire un tour de l’établissement. Je me suis reposée sur le fait qu’une visite guidée de l’établissement est prévue dans trois jours. A peine trois heures dans ce lieu et me voilà voleuse… Ça pourrait être drôle. Mais ça ne l’est pas.

— Voleuse ! S’écrie une voix.

— Du calme ! Lance Mme Diop qui se tenait dans l’entrée du restaurant. Mr Félin est d’ores et déjà chargé de faire la lumière sur cette histoire. En effet la tiare d’Abyssinie, symbole même de la Couronne, et si chère à vos coeurs a disparu. Mais sans preuve je vous prie de ne pas porter de fausses accusations. Sous peine de sanctions disciplinaires. Vous êtes priés de regagner vos chambres immédiatement et sans détour.

Toute la salle se lève et se dirige vers la sortie. Excepté Ko-Vanh, Zahra, et moi. Mr Sow, qui jusque-là était affairé au téléphone suivi de Madame Diop, s’approchent de nous.

Je ne l’avais pas encore vu de près. Son teint foncé, et sa grande taille m’avait échappé. Il a la classe des grands leaders noirs et un regard sévère. Une barbe fournie, entretenue, poivre et sel. Il dégage quelque chose de rassurant que je ne saurais expliquer.

— Eh bien Melle Dior. Votre première journée à La Couronne est plutôt mouvementée.

— Ce n’est pas elle Mr Sow ! S’exclame Zahra révoltée.

— Je n’ai pas prétendu l’inverse. Jusqu’à preuve du contraire, sans preuve pas d’accusé. Je vous conseille de bien maîtriser vos relations jeunes gens. À bon entendeur…

Il tourne les talons et quitte la salle sans crier gare. Drôle de personnage. Mais j’ai le sentiment qu’il est bienveillant.

— Les filles je vous prie de me laisser un moment avec votre camarade. Intime Mme Diop à Ko-Vanh et Zahra qui s’exécutent immédiatement. Elle prend une grande inspiration et semble moins sévère qu’à la première impression qu’ elle m’ a laissé.

— Vous êtes une élève remarquable, Aminata. Vos résultats au collège, au lycée étaient… exceptionnels. Je pense que vous le savez.

— Oui je le sais …

— Nous attendons bejaucoup de vous. La Couronne est un lieu d’excellence. Et les boursiers, en particulier, ont une responsabilité. Vous représentez quelque chose. Vous avez une image et une responsabilité que vous le vouliez ou non. Et faire les gros titre le premier jour, vraiment ?

— Je n’ai pas grand-chose à dire. Je ne sais même pas à quoi ressemble ce que je suis censée avoir volé. Ça n’est pas de mon fait. Excepté si on compte le fait que je suis arrivée à la réunification en retard, et pas en uniforme. Je le reconnais. Ainsi qu’avoir tenu tête à la reine de Géula visiblement.

Elle esquisse un léger sourire-apparemment elle sait faire -bon point pour moi.

— Je ne vous prends pas pour une voleuse Aminata. La lumière sera faite. Allez-vous reposer. Faites attention à vous Melle Dior. Dit-elle en me transperçant du regard.

— Si besoin, ma porte est ouverte.

J’acquiesce en silence.

— Bonne soirée, Aminata. Retournez dans votre chambre. Je la regarde s’éloigner. Et reste seule plantée là. Mon cœur bat la chamade Pourquoi m’a-t-elle parlé sur ce ton si bienveillant ? Pourquoi ai-je le sentiment qu’elle sait quelque chose que je ne sais pas ?

Je sors de la salle du restaurant. Envahie de tout un tas d’émotions. La seule personne à qui je pense c’est Mame Vivi. Il n’y a qu’elle qui a les mots quand je me sens submergée. Je commence à avoir mal au ventre. Je dois monter pour appeler ma grand-mère. En montant l’escalier, un bras me saisit doucement.

Je me retourne et Ko-Vanh, Zahra et Ismaël sont là, visages fermés.

— Ne t’inquiète pas Aminata. On va t’aider. Tu n’es pas seule.

Muette de reconnaissance. Je me suis contentée de faire un signe de tête approbateur, avant de leur tourner le dos et de monter l’escalier en pressant le pas.

Ah sacré premier jour ! Pauvre Aminata. Dire que tu n’es même pas encore dans les problèmes.

Force à toi.

À nous les amis.

Épisode 1 B

L’ombre : A.

Avant l’arrivée d’ Aminata

Il est temps de vous éclairer sur ce qu’Aminata ignore. Ce matin, avant qu’elle n’arrive, trois personnes se sont réunies dans le bureau de la directrice de La Couronne.

Étaient présents :

Madame Baumont, directrice ;

Madame Diop, directrice adjointe ;

Monsieur Hassein, représentant du conseil d’administration.

Ordre du jour : Les boursiers de la promotion

— Bien, Le programme ÉCLIPSE se poursuit. Et aujourd’hui une nouvelle promotion de boursiers commencera son année. Nous avons investi trop de temps et d’argent pour tout abandonner maintenant. Plus que jamais nous devons maintenir le cap initié ces dernières années au sein de La Couronne et du programme, déblatéra Mme Baumont.

Madame Diop lui adressa un regard profond.

— Et les cobayes ? Ils ne se doutent de rien ? interrogea M. Hassein.

— Non. Et ils ne doivent rien savoir. Surtout pas DOR-38-A.

— Aminata Dior commence aujourd’hui. Elle est clairement notre sujet le plus prometteur depuis le début du programme. Son profil psychologique, ses résultats, son parcours… tout indique qu’elle a le potentiel pour devenir exactement ce que nous cherchons à créer.

Madame Diop demeura imperturbable ; cependant, un tressaillement de la mâchoire trahissait une légère nervosité.

— Une leader fabriquée. Contrôlable. Redevable.

— Exactement, rétorqua Mme Baumont, la mine satisfaite, en adressant un regard paternaliste à Madame Diop.

— Vous avez un rôle important à jouer, Maty. Vous êtes la figure d’autorité la plus proche des élèves. Aminata doit vous faire confiance.

— Et si elle découvre la vérité ?

— Elle n’en saura rien. Nous avons la mainmise sur absolument tout. Ses relations, son environnement, les informations auxquelles elle a accès. Tout.

Madame Diop demeura silencieuse ; cependant, son regard, si expressif, en disait long.

Premier contact des agents

Tandis que notre chère Aminata faisait connaissance avec ses parrains, Ismaël Zayn et Zahra Mutanga, une notification s’afficha instantanément sur l’ordinateur de Monsieur Hassein.

« Rapport automatique – Programme ÉCLIPSE »

Cobaye : DOR-38-A (Aminata Dior)

Statut : Arrivée confirmée – 13h15

Agent affectif assigné : MEN-42-I (Isma Zayn)

Premier contact : 13h35 Hall 5 -ème étage.

Évaluation préliminaire : Contact réussi. Sujet réceptif mais méfiant.

Recommandation : Poursuivre l’approche douce. Établir la confiance progressivement.

Un large sourire s’afficha sur le visage du glacial M. Hassein.

Ismaël Zayn était, de loin, le meilleur agent affectif que le programme ÉCLIPSE ait jamais formé. Charmant, intelligent, capable de lire à travers les gens instantanément.

Et le plus amusant dans tout ça ? Le bougre ne savait même pas qu’il était un agent.

Enfin, pas totalement. Isma pense naïvement qu’il aide La Couronne à « intégrer les nouveaux boursiers ». Sans se douter une seconde qu’il participe à une expérience. Sans imaginer qu’Aminata est surveillée.

Il est lui-même la pièce d’un puzzle ordonné, choisi pour un rôle précis.

Un simple pion sur l’échiquier, notre petit Isma.

Altercation avec l’élève de Bretigny

Pendant qu’Aminata démontrait naïvement son sens de la répartie à la seule personne de La Couronne qu’elle aurait dû éviter, une nouvelle notification apparaissait, quelque part dans un serveur.

Rapport automatique – Programme ÉCLIPSE

Cobaye : DOR-38-A (Aminata Dior)

Observation à 15h24 : Sujet socialement à l’aise avec le conflit. Posture défensive.

Agent affectif : WOM-21-Z intervient à 15h27.

Évaluation : Sujet sur la défensive. Semble masquer ses émotions.

Recommandation : Poursuivre les interactions.

Madame Diop lut dans la foulée le rapport sur son téléphone. Dans un soupir las, elle ferma les yeux. « Aminata. Si seulement tu savais », songea-t-elle. Maty posa délicatement son téléphone sur le bureau en le retournant.

Incident inattendu, provoqué par l’élève de Bretigny

De retour dans son bureau après sa discussion avec Aminata, Maty Diop semblait préoccupée. Elle n’était pas censée être exposée de la sorte. Pas comme ça. Encore moins le premier jour. S’installant sur sa chaise, exténuée, elle leva les yeux au ciel, avant d’ouvrir un tiroir qu’elle verrouillait habituellement à clef.

Elle en tira un vieux dossier aux pages écornées, jauni par le temps. On pouvait encore aisément y lire en écriture manuscrite :

Éclipse Génération 1 (2006-2015)

Les mains tremblantes, elle tourna les pages.

Au fil des pages défilaient photos d’enfants, rapports, notes manuscrites…

Elle s’arrêta sur une page.

Cobaye : BEL-35-N

Nom : Nour Belkacem (renommée « Sarah » en 2018)

Statut : Succès. Transformation complète. Intégration réussie.

Maty tourna ensuite une autre page.

Cobaye : [EFFACÉ]

Nom : [CENSURÉ]

Statut : Échec. Retiré du programme en 2014.

Classification : EFFACÉ.

D’un coup sec, Maty Diop referma le dossier. Inspirant profondément, elle se laissa aller contre son dossier, en fermant les yeux à nouveau. Elle était pertinemment au fait de ce qui arrivait aux cobayes qui échouaient. Elle savait trop bien ce qu’ils leur faisaient. Cependant, elle se trouvait pieds et poings liés.

Tout du moins, pour le moment…

***

Ce soir-là

Ayant végété des heures durant sur son nouveau lit, épuisée par sa mouvementée première journée à La Couronne, Aminata dormait à poings fermés. Ce qui n’était pas gagné. Après avoir longuement conversé au téléphone avec sa chère Mame Vivi, Aminata avait enfin fini par trouver le sommeil.

Alors que notre chère amie se reposait, loin du dortoir de son établissement d’élite, trois personnes demeuraient éveillées.

Monsieur Hassein, dans son bureau, lisait les rapports d’observation d’Aminata. Il annotait, soulignait, et consignait des informations qu’il valait mieux garder secrètes.

Maty Diop, dans sa maison, regardait par la baie sans les voir les lys du jardin qui scintillaient à la lueur des lampadaires. La tête à la dernière arrivée de La Couronne, elle songeait à son avenir des plus incertains. Sans oublier que les anciens cobayes ne cessaient de la hanter.

Ismaël Zayn, dans sa chambre, repensait à sa rencontre avec Aminata. Il ne s’était pas attendu à une étudiante voilée, ni à une fille si déstabilisante. Lui, qui pensait la mission accomplie avant même de l’avoir commencée, comme à son habitude.

 Le fait même qu’il repense à sa… appelons cela « mission » était un signe avant-coureur de l’issue dangereuse vers laquelle il se dirigerait. Mâle alpha, d’origine africaine oblige (oui, les amis, je suis complètement dans le constat, ce que d’aucuns nommeront préjugés, et grand bien leur fasse) il était complètement dans le déni.

Ce qu’il ignorait, c’était que le plan de ses fomentateurs se déroulait exactement comme ils le souhaitaient.

***

Quelque part, dans un serveur sécurisé, un document s’ouvrait automatiquement chaque soir à minuit.

DOCUMENT CONFIDENTIEL – EXTRAIT

Programme ÉCLIPSE – Rapport quotidien

Date : 13 septembre

Cobaye : DOR-38-A (Aminata Dior)

Jour 1 : Intégration réussie.

Observations : Sujet méfiant mais curieux.

Réceptif à l’approche de l’agent affectif WOM-21-Z.

Tempérament imprévisible.

Attention particulière portée au professeur Sow (attendu).

Actions à venir :

Phase 2 : Introduction du piège (délai : 48-72 h).

Objectif : Observer la réaction du sujet face à l’accusation injuste.

Hypothèse : Le sujet ne se laissera probablement pas faire et cherchera à comprendre. Probabilité d’insoumission élevée.

Pronostic : Cobaye DOR-38-A pourrait devenir le sujet le plus réussi du programme ÉCLIPSE à ce jour.

Risque identifié : Le sujet montre des signes de résistance psychologique élevée. Surveillance renforcée recommandée.

Note finale : Test d’ores et déjà initié.

Le document se ferma automatiquement. Nulle âme pour le lire. Pourquoi faire ? Tout était automatisé. Aminata Dior ne le savait pas, mais chaque geste qu’elle faisait, chaque mot qu’elle prononçait, chaque personne qu’elle rencontrait… Tout était surveillé. Analysé. Tout était prévu. Sauf une chose.

Aminata Dior n’était pas un cobaye comme les autres. Un peu plus d’observation aurait aisément permis de le saisir.

Aminata ne se soumettrait pas. Elle se battrait. Et c’est cela, aussi simple et logique que ça puisse paraître dans leurs manigances et autres fourberies, qu’ils avaient été incapables de voir venir.

Bienvenue dans les Héritiers du mensonge.

Fin de l’épisode I

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